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٩(͡๏̯͡๏)۶ Minionement Vôtre ☆ Evénement #95
Une mission de Adam & Pitch - Ouverture : 6 juin 2018
« Moi, moche, et euh... Méchant?! »

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 Who You Really Are - Balthazar Eulalie Sherlock [Fe]

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John Watson


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________________________________________ Lun 11 Juin 2018 - 12:11

"Le monde est plein de choses claires que personne ne remarque jamais."








Il y a plusieurs mois. Hôpital de Storybrooke.



« Bonjour, j’aimerai voir le patient Sherlock Holmes s’il vous plaît.»


La jeune femme qui s’occupait des entrées à l’hôpital de Storybrooke le dévisagea rapidement. Tous les mardis, elle avait droit à la visite de ce monsieur. Le plus chiant dans l’histoire, c’était qu’il voulait toujours consulté son dossier médical… Mâchonnant son chewing-gum comme une pouffe, elle le regarda et posa un dossier jaune sur le comptoir.

« Ouais ouais, on est mardi, il est 8h30, comme d’habitude, le médecin traitant de Sherlock Holmes vient lui rendre visite… Il est toujours en quarantaine dans la zone des grands traumatisés… Bon courage, c’est un cas perdu Docteur Watson. »


Saisissant le dossier en le serrant un peu fort, John Watson effectua un sourire crispé en direction de l’infirmière. Se massant la jambe, il s’appuya un peu plus sur sa canne pour déambuler dans les couloirs. Depuis des mois, Sherlock Holmes était dans un état végétatif, emprisonné dans son corps, refusant de parler à personne. Lui, c’était installé à Storybrooke et donnait quelques consultations. La vie était plutôt agréable dans cette ville du Maine, mais Londres lui manquait. Et puis, il fallait dire que depuis que le grand Sherlock Holmes n’était plus que l’ombre de lui même, sa jambe lui faisait un mal fou, et son moral dépérissait de jour en jour… Soupirant à ses pensées, John tourna la poignée de la chambre de 221, la boule au ventre d’avoir encore et toujours cette même appréhension quand il rentrait dans cette chambre.
Il n’avait pas bougé. Allongé dans son lit, il fixait la pluie qui tombait sur la fenêtre et coulait à flot continue depuis plusieurs heures. En fait, il ne regardait pas la pluie. A chaque fois qu’il était venu, son regard était posé sur la fenêtre. Vide, sans vie. Comme à son habitude, il s’installa dans le fauteuil à côté du lit, posa sa canne et déposa le journal sur sa table de chevet. Autrefois, il adorait lire les nouvelles… Mais au vu de la pile de journaux couvert de poussière, on pouvait constaté que cela faisait des mois qu’il n’y avait pas touché. Le regard livide, le teint blafard, les joues creusés, comme à son habitude, Sherlock fixa la vitre, sans même accordé un seul regard à John.

« Salut Sherlock. »


Pas de réponse. Soupirant, John fit tourner sa canne, avec un petit geste nerveux dans ses mains. L’ombre du détective continuait de fixer la vitre en silence. Si il n’avait pas cligné des yeux et respiré, on aurait pu croire qu’il était mort.

« Ecoute, je suis venu te voir… Car c’est un peu délicat… »


Par où commencer ? Le ventre de John se tordit de douleur sous l’effet du stresse et sa jambe lui lança une vive douleur.

« Je vais partir pour Londres. Ma place est là-bas… J’ai tout fait pour t’aider, pour essayer de te persuader de revenir parmi nous… Cette histoire de monde des contes, du fait qu’on soit pas vraiment des personnes réelles… Tu sais, au final, j’y ai bien réfléchis, et je pense qu’on est tout aussi réel que les autres… Même si on appartient pas au même monde… Enfin bref. »


Ses mains moites firent glisser sa canne dans les mains. Il n’osa pas le regarder et se contenta de fixer le lino vulgaire et moche de l’hôpital.

« J’ai tout essayé, tu as consulté les meilleurs spécialistes, les meilleures collègues… On a essayé de t’aider Sherlock, j’ai essayé de t’aider… Mais tu as toujours refusé de parler… Tu t’es enfermé… Et tu as décidé de garder le silence. »


Ses mains se crispèrent sur sa canne. La colère, la tristesse envahit l’esprit de John. Quelques larmes coulèrent sur ses joues. Il les essuya immédiatement. Se levant, il commença à faire les cents pas.

« J’espérais vraiment qu’un jour tu te remettes sur pieds ! Tu sais, qu’on reprenne nos Aventures ! Le brillant Sherlock Holmes, et l’impitoyable John Watson ! »


S’avançant vers la vitre, John posa sa tête contre cette dernière. Elle était froide et l’eau coulait à flot de l’autre côté.

« Mais au lieu de ça, t’as complètement péter les plombs… Tu t’es enfermé dans ton propre esprit… Dans cette… Transe, macabre… Dans laquelle tu ne veux pas sortir… »


Soudain, les émotions de Watson furent trop grandes. Se jetant sur le lit, il se mit alors à secouer le cadavérique Sherlock Holmes. Manquant de débrancher les perfusions nutritives, il le secoua tout de même encore plus fort.

« Pourquoi ! Pourquoi Sherlock ! Tu ne pouvais pas me faire ça ! Tu n’avais pas le droit ! Mais comme d’habitude, ton égoïsme frappe encore et encore ! Tu sais quoi... »


Il le lâcha, levant les mains devant lui comme pour repousser un ennemi invisible, John fit une moue résignée.

« J’men vais. Je me tire. J’en peux plus, ma vie tourne en rond, et si ça continue, je finirai comme toi. Et je veux pas ça. J’aime trop la vie pour ça, et c’est grâce à toi que j’y ai repris goût. Mais là c’est au dessus de mes forces. C’est lâche, je sais, mais je peux plus… Adieux Sherlock. »


Les larmes aux yeux, et sans boiter, John Watson sortit de la pièce comme une furie. Jamais il ne revint. C’est ce jour là qu’il disparut. Enfin, aux yeux du détective. Une fois sortit, quelques minutes passèrent. Le visage cadavérique du détective se tourna vers le fauteuil où John s’était assis. Une larme coula sur le visage de Sherlock. Cet idiot avait oublié sa canne… Mais peut lui importait. Il n’était pas réel.

Quelques mois plus tard. Même chambre.


Sherlock fixait toujours la fenêtre. Allait-il se décider à sauter ? Elle n’était pourtant pas bien loin. Et ca serait une mort rapide. Mais qui avait-il après la mort ? Certainement rien. Et c’était ça qui le laissait cloué au lit et l’empêcher de bouger. La porte de la chambre s’ouvrit, certainement l’infirmer attribué à ses soins quotidiens.

« Putain la vache, t’as sacrément une sale gueule ! »


Jim Moriarty, déguisé en infirmier, fit le tour du lit de Sherlock avec un mélange de déception et de curiosité. Vérifiant quand même les perfusions nutritives, il hocha la tête de gauche à droite, très déçu. Même si il n’était pas infirmier, c’était quand même pas compliqué de prendre soin de lui en checkant toutes les perfusions.

« J’y croyais pas quand on m’a dit que tu étais dans cet état ! Bon sang Sherly, tu me déçois ! Et t’es pas drôle… Tu sais que je m’ennuie depuis que t’es parti pour le pays des fous ? Peut être que si je fais aussi une dépression, j’aurai le droit de venir à côté de toi pour te tenir compagnie ! Ohé tu m’entends ? T’es super chiant tu sais ! »


Moriarty se saisit de la tête de Sherlock et l’obligea à le fixer dans les yeux.

« Pourquoi tu regardes cette… Oh, je vois ! Tu veux mourir ! Mais tu hésites ! Oho ! Finalement t’es toujours aussi drôle ! »


Se dirigeant vers la fenêtre, il l’ouvrit pour regarder.

« Oh c’est vachement haut ! La probabilité pour que tu meurs sur le coup ça doit être une chance sur deux ! Tu veux qu’on essaie ? Mouais t’as raison, après je saurais plus qui embêter... »


Revenant vers le lit, il s’assit au bord de ce dernier et lui parla comme si c’était son amant.

« Depuis que t’es parti, c’est plus terrible. Les gens ont pas l’niveau, même dans cette ville. Oh y’a plein de détectives, mais ils sont un peu nul. Et la police laisse vraiment à désirer. J’ai tué un môme ya deux mois, ils cherchent encore le coupable. Pourtant c’était évident, qui d’autre écraserait la tête d’un enfant avec un marteau sur une enclume dans les locaux du forgeron de la ville ? »


Balançant ses pieds comme si il évoquait un vieux souvenir agréable, il se tourna encore vers lui. Sherlock fixait toujours le vide. Après tout, peut être que si Moriarty abrégeait ses souffrances, ça irait bien mieux.

« Oh ! J’ai des nouvelles de John ! Ce petit malin a monté un cabinet en plein coeur de Londres pour les anciens blessés de guerre ! Tu verrais comme ça marche ! Quand on y pense, c’est fou, sans toi, il semble papillonner ! »


Sherlock fixait toujours le vide.

« Dommage qu’il doive mourir. Je m’ennuyais. Alors je me suis dit qu’en souvenir du bon vieux temps, j’allais lui jouer un petit tour dont moi seul ait le secret ! Oh mais rassure toi ! C’est étendu dans le Temps ! C’est pas pour tout de suite ! D’abord, je vais le kidnapper, puis, je vais peut être jouer un peu avec lui. Il paraît qu’il est plutôt doué à Docteur Maboul ! Une fois que j’aurai fait ça, et que mon plan sera établi, alors je le tuerai. Ben oui, tu sais je me lasse vite… Franchement je sais pas ce qui déconne chez toi. Bon je vais te laisser, faut que j’aille voir quelques contacts pour aller faire disparaître ce cher John... »


Mais il n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Le bras de Sherlock avait jailli brusquement pour saisir la gorge de Moriarty. Serrant de toutes ses forces, Jim se mit à ricaner, car il manquait d’air et il souffrait. Et ça c’était son kiff.

« Tu… vas m’tuer ! Trop… Trop cool ! On y est enfin ! Vas-y ! Sers plus fort ! Encore ! Et j’aurai raison depuis le début ! Le meurtrier, à la fin de l’histoire, ça sera toi ! »


Tremblant de toutes ses forces, Sherlock voulut lui broyer la trachée, pour le faire taire pour toujours. Mais son bras s’affaissa, il n’était pas en mesure d’accomplir cette tâche. Il en avait envie. Il l’aurait fait même. Mais il était bien trop faible pour y arriver.
Se massant le cou, Moriarty se dégagea.

« Bien, parfait ! Te revoilà parmi nous ! Je savais bien que si c’était moi qui venait te voir, ça irait tout de suite mieux ! C’est con que tu puisses pas bouger ! Bon, tu me connais, j’ai le même sens du détail que toi… On va y aller doucement. Hein ! Le Temps que tu sortes, il sera trop tard pour sauver John du kidnapping… Hé ouais c’est ça de faire une dépression à la con aussi… Tu me connais, je suis un fou dangereux, mais je n’ai qu’une parole. »


Marchant autour du lit, il se dirigea vers la canne de Watson. Moriarty la prit, et la fit tourner devant lui comme une majorette.

« Allez, on se dit un an ! 12 mois, 365 jours ! Pas un de plus, pas un de moins ! D’ici là, tu te rétablis, tu reformes un réseau, tu te remets à ton compte, tu te trouves un Assistant, ou une Assistante même ! Ca serait cool ça ! Reviens au meilleur de ta forme ! »


Jetant la canne sur le sol, comme si le jeu l’avait lassé, il s’appuya sur le bout du lit et fixa Sherlock Holmes dans les yeux.

« Puis quand tu seras remis, et une fois à ce moment là… Alors on refera une petite partie. Tu sais, dont moi seul ait le secret ! Ca sera grandiose ! Gigantesque même ! Je l’appellerai… Peut-on sauver John Watson. Et en un an, j’ai le temps d’en faire des trucs… Oh, et si tu essaies de le chercher, tu le trouveras pas ! Même si je sais que tu y dépenseras toute ton énergie, j’ai des nouveaux investisseurs qui m’ont donné des moyens de fous furieux ! Je crois qu’ils t’aiment pas beaucoup eux non plus. T’inquiète, je le garderai pas comme un bagnard, je suis pas un monstre! Il aura une maison, des loisirs, et il pourra même sortir faire pipi dehors si il est sage ! Oh, et si tu le cherches avec… Un peu trop d’insistance quand même, ben je le tue. C’est simple. Ca serait con, parce que je me serai pas du tout amusé, mais bon. Alors t’en penses quoi ? »


Sherlock tremblait. Le manque de nutriment dans son organisme l’empêchait de bouger. Qu’avait-il fait ? Il hocha simplement la tête en signe d’affirmation.

« Génial ! On va s’éclater ! Allez, je te laisse un an ! T’as le temps de te refaire pleins de petits copains supers ! Et ramène avec toi les meilleurs le jour J hein ! Et des gens drôles. Et des mecs mignons. Ca sera géant ! Allez. Je file, la phase une commence… »

Et sans cérémonie, il lui afficha la date du début de l’opération sur front avec un post-it. 11/06/2018.

« Bisous ! »


Puis il lui fit un petit bisou sur la joue, proche des lèvres, et s’en alla.

Aujourd’hui. 221B Baker Street.

Sherlock observait la rue, pensif. C’était le jour J. Et il ne savait pas comment il allait se dérouler. Un mélange d’excitation et de crainte envahissait son coeur. Jouant avec la canne de Watson dans les mains, il la faisait tourner, regardant la pluie battante dehors. Ca allait être une journée de merde. Ou une journée fantastique. Bizarrement, il n’avait pas peur. Car il savait qui l’accompagnerait aujourd’hui. Il lui fallait un homme aussi fou, aussi maléfique que Moriarty pour s’en sortir, et tirer John de là. Sortant son téléphone, il pianota ses quelques mots sur ce dernier.

« Rejoins moi au 221B, Baker Street. La vie d’Eulalie en dépend, et la tienne aussi. SH. »


C’était pas vrai. Mais au moins, ça le ferait venir. Peut être. Si il ne venait pas, il irait peut être avec Michel-Ange. Mais ce con serait capable de tuer John lui même de ses mains par pur accident. Appuyant sur « contact », il le chercha un moment avant de le trouver. « Balthazar Graves. »
« Envoyé ».

Que la partie, commence.


Mary Bates


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________________________________________ Mar 12 Juin 2018 - 0:04


Bloody Lady in a Bloody City


« Mademoiselle ? »

Un soupir. Une grimace dissimulée. Un sourire. Ses talons claquant au sol, Mary se retourna avec toute la grâce dont elle était capable. Elle était habituée à ce qu'on l'aborde dans les rues, même si généralement, le reflet renvoyé par les vitrines des magasins suffisait à en décourager le plus grand nombre. Il restait toujours quelques braves hommes téméraires, ou ceux qui n'y prêtaient pas attention, pour oser la déranger en pleine marche. Elle préférait sortir tôt pour cette unique raison.

Le ton avait été timide, mais ne correspondait pas au physique qui se présentait devant elle. Haussant un sourcil, elle s'appliqua à dévisager les traits de cet inconnu. Sa manière de mâcher son chewing-gum lui donnait une envie folle de le faire s'étouffer avec.

« Bonjour ! Dites vous sauriez pas où je peux trouver un bon coiffeur-barbier dans le coin ? »

Sa barbe avait quelques jours. Mal entretenue. Désagréable au toucher. Elle put le constater en attrapant son menton de ses doigts, le serrant légèrement, forçant l'individu à tourner sa tête de côté. Quelle idée de poser une telle question à une passante. Il ne pouvait pas faire comme tout le monde et se renseigner en regardant les enseignes ? Ou encore regarder dans les petites annonces ? Etre dérangée était déjà une chose qu'elle appréciait moyennement, alors pour une banalité...

« Je peux m'en occuper si vous voulez. »

Son sourire en coin s'élargit alors que ses doigts caressèrent un instant sa mâchoire.

« Mais je risquerai de vous abîmer. »

Elle feignit une moue déçue, le relâchant doucement avant de sortir un simple stylo de son sac. Elle ne tarda pas à trouver un morceau de papier, attrapant la main de l'homme sans ménagement pour s'en servir de support.

« Dites que vous venez de la part de Mary. »

Ce n'était pas une personne d'un naturel serviable. Loin de là. Peut-être était-ce le sourire délirant qu'il lui offrait ou cette manière qu'il avait de passer sa langue sur ses lèvres, mais quelque chose se dégageait de lui. Quelque chose de morbide. Elle n'était pas indifférente à ce genre de détail. Alors, si elle pouvait faire sa bonne action de la décennie en aidant un homme macabre, pourquoi pas ?

Elle avait terminé de griffonner le numéro de son propre coiffeur, y ajoutant un second en-dessous.

« Si jamais il cherche à vous raser de trop près, vous pouvez aussi m'appeler. Même si tout devrait bien se passer, il est adorable. »

Ce n'était sans doute pas l'adjectif approprié pour le qualifier, pour la plupart des gens. Mais Mary n'était pas... la plupart des gens.

« Dommage que je sois déjà sur une partie... J'aime pas jouer avec deux personnes en même temps... »

Elle ne prêta pas attention à cette remarque. Le stylo rangé, elle l'observa se dégager de sa prise comme un fauve qui s'écartait de sa proie pour mieux se jeter dessus. Elle connaissait cette méthode. Elle l'utilisait. Elle n'était pas adepte des jeux, surtout lorsqu'ils étaient menés par un autre qu'elle.

« Ohhhhh ! »

C'était presque trop prévisible. Sans ressentir le moindre étonnement face à cette exclamation, elle tourna simplement la tête alors qu'il regardait derrière elle, le bras tendu.

« Un homme vient de tomber du deuxième étage ! »

Il feignait parfaitement la surprise, au moins. C'était un talent qu'elle admirait. Impassible, elle observa la silhouette d'un homme au sol. Elle eut presque envie de pouffer face à l'improbabilité de cette situation. Storybrooke était une ville étrange, ce n'était plus un secret, mais même ici, la coïncidence était douteuse.

« On va l'aider ? »

Cette fois, elle ne fit même pas semblant de retenir le soupir qui lui échappa. Son intérêt et son inquiétude étaient certainement factices, autant l'un que l'autre. Elle ne prendrait pas la peine de paraître soucieuse.

« Pourquoi pas. C'est un potentiel futur client. » lâcha-t-elle finalement dans un murmure, suivant la marche.

Les morts intéressantes se faisaient rares, ces derniers temps. S'occuper des corps de personnes décédées suite à la vieillesse était ennuyeux. Elle n'était pas contre une défenestration, ça demandait plus d'application. Plus de travail. C'était divertissant.

Son dépit fut imperceptible, arrivée au niveau de l'individu. Quelques passants s'étaient groupés près des fenêtres sans oser s'approcher. La curiosité de l'être humain était particulièrement morbide. Toujours présents pour assister au spectacle, jamais pour y participer. Son talon vient effleurer l'homme, le touchant légèrement, pour s'assurer de son état. Il respirait.

L'inconnu s'était déjà agenouillé à côté de lui, s'emparant de son bras. N'importe quel imbécile aurait pu se rendre compte qu'il était cassé, pas besoin d'avoir fait médecine pour en être conscient.

« Il est pas mort ! Mais ça c'est pas joli joli ! »

Il n'y avait pas que du soulagement dans le ton de sa voix. Une légère déception était aussi présente, elle le sentait.

« Restez avec lui ! Je vais chercher du secours ! »

Il s'était levé, s'éloignant pour repartir armé de son - ou juste d'un ? - vélo laissé plus loin. Il ne reviendrait pas. Elle le savait au moment même où il s'était redressé. La victime quant à elle se mit à remuer et elle perçut distinctement ses gémissements.

« Chut. »

Ses yeux se baissèrent sur son corps abîmé.

« Si c'est pour vous plaindre, pas besoin de vous fatiguer. »

Plusieurs options s'offraient à elle : partir sans rien dire de plus, rester et tenter de le sauver, ou bien juste laisser aller sa curiosité. La troisième fut seule qui prit le dessus. Il n'était pas là par hasard, c'était une évidence.

« Tentative de suicide ratée ? » supposa-t-elle, tout en s'abaissant. « De meurtre ? »

Là, ce serait vraiment amusant. D'un geste habile, elle avait attrapé le bras de l'homme, l'immobilisant contre son torse. Elle ne ferait pas l'effort de sortir son téléphone pour appeler une quelconque aide. Il faudrait qu'il compte sur les autres témoins pour le faire.

« Ou vous avez juste glissé ? »

Cette hypothèse l'endormait déjà. Lentement, elle s'empara du mouchoir à côté de lui. Etait-il là avant ou était-ce l'autre dérangé qui l'avait volontairement laissé ? Elle n'y avait pas prêté attention.

« Où suis-je ? »

La première question qui venait fatalement à n'importe quelle personne ayant subit un choc. Stupide, de son avis, la plus pertinente étant « Que m'est-il arrivé ? ».

« Double fracture du radius... »

Un médecin, en plus de ça. Etant donné son expression, il n'avait clairement aucune idée de ce qu'il faisait là. Pour un jeu, ce n'était pas très palpitant.

« Nous sommes à Storybrooke. »

Il l'avait déduit aux quelques pépins d'orange tombés du mouchoir qu'elle tenait ?

« Oh mon dieu ! Merde ! »

Il en avait l'air paniqué. Il était atteint de carpophobie ciblée sur cette ville ? Elle leva les yeux au ciel, dissimulant l'objet dans sa poche.

« Bravo. Grand esprit de déduction. Pas besoin d'appeler une ambulance au moins, vous pouvez vous débrouiller tout seul. »

« La ferme, la ferme... »

« Vous avez peut-être un traumatisme crânien. »

Qu'il n'espère pas qu'elle fasse silence sur simple demande. Son agacement atteignait des niveaux trop élevés et elle hésita un instant à mettre fin aux tourments de ce pauvre homme en l'assommant. Le laisser était une éventualité qu'elle envisageait de plus en plus, en tout cas.

« Votre nom ? »

Autant savoir à qui elle avait à faire.

« Je m'appelle John Watson. Il faut que vous m'emmeniez dans un endroit sûr, et très loin de Sherlock Holmes. Vous le connaissez ? Vous pouvez faire ça ? »

Elle fronça les sourcils, appréciant très peu le ton employé et la forme de la demande. Ses yeux restaient fixés dans ceux perdus de ce John, tandis qu'elle se mordait l'intérieur des joues pour se contenir un minimum.

« Holmes et Watson. Tellement cliché. »

Un rire lui échappa, qui sonnait faux, quand on la connaissait bien. Epoussetant son jean, elle se redressa sans rien dire de plus. Le détective avait une certaine réputation, en ville. Mary le connaissait principalement de sa culture et, entre autre, pour son séjour à l'asile. Elle s'en rappelait pour avoir travaillé à l'hôpital un moment. Si c'était autour de lui que tournait la partie, cela pouvait prendre un tournant intéressant.

Sans la moindre douceur, elle attrapa le bras blessé de John, le forçant à se mettre sur ses deux jambes.

« ‘Il faut que’, ‘Vous pouvez’… Et demandez poliment ou vous inquiétez de savoir si j’en ai envie, ça ne vous a pas effleuré l’esprit ? »

Il lâcha un cri qui attira l'attention de certains, sa prise se resserrant alors qu'elle offrait un sourire des plus agréables à quiconque osait les regarder. Elle savait exactement où l'emmener. Ce ne serait certainement pas dans un hôpital où des infirmières prendraient le soin de le soigner. Elle allait s'en occuper. Personnellement.

« Vous avez de la chance. Vous êtes tombé sur l'âme la plus charitable de cette ville. »

Elle le dévisagea avec un intérêt nouveau, plissant les lèvres tout en affichant le plus adorables de ses sourires. Il était sur le point de faire un malaise, elle était obligée de le retenir pour ne pas qu'il tombe.

« Et vous c'est comment ? »

Question pertinente, qu'il aurait dû poser avant de lui demander son aide. Il grimaçait, son visage exprimant toute sa douleur. Elle adorait quand les traits d'autrui prenaient cette apparence.

« Mary. »

Le ton était doucereux, trop pour être sincère.

« Mary... C'est... un très joli prénom. »

Si seulement il savait.
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You won't hear the footsteps but I'll be following. You won't feel the shadows but they'll be closing in. You won't see me coming but I'll rip you at the seams. You won't touch the silence but you can hear the screams.

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Balthazar Graves


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________________________________________ Mer 13 Juin 2018 - 15:27


Secrets and Lies
You got a cold, cold heart. Do you feel at all?
You build a house of cards. But it's gonna fall.


Rejoins moi au 221B, Baker Street. La vie d’Eulalie en dépend, et la tienne aussi. SH.

Balthazar relut plusieurs fois le texto, les yeux plissés, une expression méfiante sur son visage blafard. Il venait tout juste de sortir de la salle de bains et dispensait une agréable odeur d'après-rasage au parfum boisé.

La vie d'Eulalie en dépend, et la tienne aussi.

Absurde. L'amazone avait sans doute des ennemis, mais rien ne pouvait l'atteindre. N'était-elle pas immortelle, invincible, ou une combinaison étrange de ces deux adjectifs ? Le concernant, la menace était possible et envisageable. Si quelqu'un savait qui il avait été, l'éliminer pour le "plus grand bien" était une éventualité. Ou alors, ce message était juste la preuve que Sherlock Holmes souhaitait se rendre intéressant et que dans son grand ennui, il n'avait rien trouvé de mieux que rédiger ces mots barbants. Peut-être lui manquait-il ? Pourtant, Balthazar le rasait chaque mercredi (hors jeu : rebaptisé sherlazardi *.*). Le détective avait fixé un rendez-vous hebdomadaire chez lui. Non, c'était sans doute une façon pour Holmes de se rendre important. Attirer l'attention. Pathétique.

Le barbier décida d'ignorer le texto. Il posa le téléphone sur la table basse et prépara son matériel en vue de ses rendez-vous de la journée. Malgré tout, une certaine tension se logea dans sa nuque et la contracta peu à peu. Le début d'une angoisse difficile à enrayer.

Et si... Et si Holmes était au courant de quelque chose ? Avait-il une longueur d'avance ? Voulait-il le prévenir comme le ferait un ami ou s'agissait-il d'une menace enrobée d'un joli mensonge ? Le barbier eut un rictus désabusé. Le terme "ami" n'avait pas sa place dans leur relation, et ce malgré tout ce qu'ils avaient pu vivre ensemble. Il se sentait envahi par un agacement sans borne lorsqu'il songeait au détective.

Il n'empêche qu'il détenait peut-être une information importante. Quelle qu'elle soit, il devait la découvrir.

Une heure s'était écoulée lorsqu'il décida de rejoindre son acolyte. Il préféra se rendre au 221 b Baker Street à pieds, de sorte à pouvoir rebrousser chemin si jamais l'absurdité du message parvenait à le convaincre qu'il perdait son temps.

Alors qu'il n'était qu'à deux rues de sa destination, il remarqua un homme qui parlait à un arbre. La population de Storybrooke étant ce qu'elle était, Balthazar ne prêta pas attention.

"Allez descends ! Steuplé !" gémit l'homme vêtu d'un tee-shirt et d'une casquette, les mains sur les hanches.

Un simple coup d'oeil suffit au barbier pour comprendre qu'un chat était coincé dans l'arbre plutôt imposant qui avait été planté aux abords du trottoir.

"Bonjour monsieur, dites vous pourriez m'aider ? Mon chat est coincé depuis quinze minutes et je le connais il va pas descendre !"

Il tourna la tête juste assez pour remarquer le regard implorant de son interlocuteur. Une belle tête d'abruti. Balthazar n'avait pas le temps. De toutes façons, même s'il l'avait eu, il ne se serait pas donné la peine de l'aider. Les bonnes actions sont réservées aux gens biens.

"Il descendra quand il aura faim." lança-t-il d'un ton sec en passant à côté de lui sans s'arrêter.

L'autre attendit qu'il se soit éloigné de plusieurs mètres pour expliquer d'un air embarrassé :

"C'est le chat de ma copine... Je me suis disputé avec..."

Le chat ou la copine ? Balthazar secoua la tête, exaspéré. Les gens et leurs histoires sans aucune saveur. Il se félicitait souvent de ne pas prendre part au reste du monde. C'était épouvantablement inintéressant.

"Une sale affaire." poursuivit le type. "Je devais le donner à un ami mais j'ai pas eu le courage. Vous pourriez vraiment pas m'aider ?"

"A faire quoi ?"
grogna-t-il, agressif, de plus en plus agacé par la mine désespérée de l'imbécile.

Sa requête n'était pas des plus claires. Il avait l'impression qu'il embrouillait volontairement les données, ce qui le rendait non pas intrigant, mais suspect. L'homme le dévisagea et déclara, outré :

"Ben la courte échelle !"

Evidemment. Balthazar resta de marbre, se contentant de l'observer.

"Laissez tomber. C'est bien ma veine. J'vais prendre une échelle."

Le chat dans l'arbre miaulait d'un ton plaintif. Le barbier tiqua et décida de s'arrêter.

"Vous auriez pas une cigarette ?"

Haussement de sourcil circonspect. Il n'avait pas pour habitude de partager ses cigarettes, encore moins avec les inconnus. Irrité par le manque de débrouillardise de cet individu, il laissa échapper un soupir parfaitement audible. Ignorant sa demande, il se dirigea à grands pas vers l'arbre et en débuta l'ascension. Il l'escalada sans grand mal, récupéra le chat terrifié qui planta ses griffes dans son manteau, avant de redescendre tout aussi prestement. Il s'autorisa une caresse sur le flanc de l'animal qui sembla se détendre un peu, avant de le coller dans les bras de l'incapable.

"J'ai fait ça pour lui. Pas pour vous." grogna-t-il.

Il le fixa avec mépris. A cet instant, il remarqua un éclair de malice dans les yeux de l'homme. Ce dernier embrassa le chat sur le front et dit avec une passion dérangeante :

"Tant pis pour la clope. Merci infiniment. Bonne journée !"

Il se dirigea vers la porte d'une maison à quelques mètres. L'ouvrant, il déclara à son chat :

"Il est pas très gentil ce monsieur. C'est pas grave Turpin. L'important, c'est que tu sois là maintenant !"

La porte claqua sur cette dernière phrase.

Turpin. Turpin. TURPIN !

Ce mot sonnait comme un glas aux oreilles de Balthazar. Il resta un temps indéfini immobile face à la porte close, écoutant seulement les pulsations de son coeur affolé contre ses tempes. Le pouvoir d'un mot... L'éveil de tout un monde de chaos.

Il inspira profondément, se mordit les lèvres et se détourna de la maison, tout en se promettant de l'avoir à l'oeil. Il s'agissait peut-être d'une coïncidence. Peut-être pas. Il ne croyait pas au hasard.

Il resta emmuré dans ses pensées tout le reste du trajet, les mains dans les poches, caressant son rasoir en y cherchant un quelconque réconfort.

Une altercation entre deux personnes le fit relever la tête. Il s'agissait d'un couple à en juger par la discussion houleuse.

"J'en veux pas de tes fleurs ! Tu lui en as offert aussi à elle ? Ou alors elle a eu droit à un collier ?"
s'écria la femme depuis une fenêtre, visiblement furieuse.

"Laisse-moi monter, je te promets de tout t'expliquer !" supplia un homme dans la rue, tenant un bouquet de chrysanthèmes dans sa main.

"Je ne veux plus te voir ! Dégage ! Retourne voir ta Melinda ! Elle a les yeux bleus en plus, non ?"

Elle ferma violemment la fenêtre, alors que le pauvre type penchait la tête, les épaules basses. Qu'avait-il espéré ? On n'offrait pas des fleurs pour orner les pierres tombales à un amour perdu. Quoique... l'idée était attrayante, tout compte fait. Balthazar passa près de lui sans ralentir l'allure, songeant qu'il y avait des gens très étranges dans la rue à huit heures du matin. C'était inhabituel.

"Vous les voulez ?" proposa le type en lui tendant les chrysanthèmes.

Le barbier hésita, de nouveau méfiant, puis s'en saisit sans un mot. Il aimait les fleurs, même s'il les laissait toujours mourir. Il s'éloigna rapidement du pauvre bougre et parvint enfin jusqu'au 221 b Baker Street. Cela ne lui avait jamais paru aussi laborieux d'effectuer une si courte distance. A la réflexion, il aurait été mieux avisé de s'y rendre en voiture. Au moins, il n'aurait pas fait toutes ces rencontres horripilantes.

Il sonna. Personne ne vint lui ouvrir. Après quelques instants, il tenta d'entrer. La porte n'émit aucune résistance. Elle n'était pas fermée. Etrange. Pas de Mrs. Hudson pour l'accueillir. Un drôle de pressentiment lui noua la gorge. Il ne craignait pas pour la vie de Holmes. C'était autre chose. Forcément.

Il grimpa l'escalier quatre à quatre. Arrivé sur le palier du premier étage, il jeta un coup d'oeil vers la seconde volée de marches menant jusqu'à chez Angelika. Allait-elle bien ? Et sa fille ? Mieux valait les laisser en dehors de tout cela. S'il entrait en contact avec elles, peut-être seraient-elles impliquées.

Il poussa la porte entrouverte de chez Holmes, retenant inexplicablement son souffle. Un désordre habituel régnait dans l'appartement, ainsi qu'une forte odeur de poussière et de renfermé. Pour un peu, Balthazar se serait senti chez lui. De fines particules flottaient dans le jour naissant.

Il remarqua bientôt le détective, figé comme une statue, assis dans un fauteuil dirigé vers la fenêtre, les yeux dans le vide. Ses traits étaient tirés dans une expression d'intense réflexion mêlée de fatigue et, chose curieuse, de crainte sous-jacente. Les mains jointes devant lui, il ne bougea pas d'un millimètre quand Balthazar fit son entrée. Pas de salut grinçant. Rien du tout. Quelque chose n'allait pas. Il était encore plus étrange que d'habitude. Cela n'affectait évidemment pas le barbier. C'était une simple constatation.

Un fauteuil vide en face de Holmes. Balthazar y prit place sans un mot, gardant le bouquet de chrysanthèmes en main. Il fixa son acolyte dans un silence glaçant. Finalement, après quelques minutes, il se releva uniquement pour poser les fleurs sur les genoux du détective. Une façon comme une autre de garnir une stèle funéraire. Ce n'était pas le but recherché en imitant une statue ? Satisfait de sa plaisanterie, le barbier retrouva sa place tranquillement. Il observa la pièce dans sa globalité avant de plonger la main dans sa poche de manteau et d'en sortir un paquet de cigarettes.

"Un abruti m'a donné ça..."

Laissant sa phrase en suspens, le barbier souleva le haut de l'étui et en renversa le contenu dans sa main. Cinq pépins d'orange desséchés tombèrent sur sa paume.

Il savait que c'était le type au chat qui le lui avait remis. N'avait-il pas réclamé une cigarette ? Sans doute avait-il profité de la proximité de Balthazar quand il lui avait donné son animal pour glisser l'étui dans sa poche de manteau. Chose curieuse : il était neuf. Pourtant, il ne contenait aucune cigarette. Seulement cinq pépins d'orange. Il s'en était aperçu en chemin.

Le barbier braqua son regard sur Holmes.

"Ave Sherlock. Celui qui va mourir te salue."
articula-t-il avec un rictus complaisant.

N'était-ce pas un présage de mort dans l'Antiquité ? Ce genre d'informations criminelles l'interpelait lorsqu'il les lisait ou les entendait. De plus, il en était question dans une nouvelle écrite par Conan Doyle, dont il n'avouerait jamais la lecture même devant un tribunal.

Le regard de Balthazar se fit plus perçant alors que, la paume toujours levée devant lui, il s'installa plus confortablement dans le fauteuil.

"C'est le moment de ton discours barbant." dit-il, sarcastique. "J'écoute."

Il demeurait toujours méfiant. Après tout, le détective aurait très bien pu engager un imbécile afin de parfaire son petit jeu et lui donner davantage de consistance. Cependant, la tension qui crispait son visage et le faisait ressembler à une statue de cire sous-entendait une véritable menace.

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Sherlock Holmes


« Vous auriez pas
une dinde au four ? »


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________________________________________ Ven 15 Juin 2018 - 11:17

"Le Sens du Détail."






Assis dans son fauteuil, sa tête reposant sur ses mains jointes, et ses jambes croisées, Sherlock observait d’air intense la vitre de la fenêtre du 221B. Cela faisait aujourd’hui un an. Un an qu’il avait pris la décision de sortir de lui même de l’hôpital psychiatrique. Il avait fini par accepté son Destin.  Il n’était pas réel. Il faisait parti comme l’ensemble des membres de cette ville du monde des Contes. C’était une Histoire. C’était aussi une Légende. Mais ça ne le rendait pas pour autant moins triste qu’aujourd’hui.
Une chose était certaine, le souvenir de Moriarty dans sa chambre d’asile était ancré dans sa mémoire comme si c’était hier. Il revoyait son visage satisfait, il ressentait encor l’adrénaline qui l’avait tiré du lit quelques heures plus tard. Depuis, plus de nouvelles. Ni de John, ni de Moriarty. Avaient-ils réellement existé ? Dans ce monde, l’Illusion et la Réalité se remélangeait souvent encore et encore, à vous rendre fous. Grand Sourire en était la preuve vivante.
Les axes s’entrecoupaient tous. Les chemins se rejoignaient. Aujourd’hui, il en était certains, il aurait toutes les réponses à ses hypothèses depuis un an.
Comme pour répondre à sa réflexion intérieure, une enveloppe passa sous la porte. Se levant comme une furie, il ouvrit la porte à la volée. Personne. Se saisissant de l’enveloppe, il l’éclaira à la lumière du jour. Papier de haute qualité, rare, épaisseur non standard. Aucune égratignure, aucun plie. L’homme était riche, et soigné. Moriarty.
L’ouvrant sans précaution, Sherlock observa les cinq pépins d’orange à l’intérieur. Les fixant tout en revenant dans son fauteuil, un sourire démentiel s’afficha. C’était bien aujourd’hui. Et il était à l’heure au rendez-vous. Pas comme Graves. Posant les pépins d’orange sur la table d’appoint à côté de lui, il se remit à fixer la vitre. Pourquoi l’avoir choisi lui ? Pourquoi ne pas avoir pris sa nouvelle compagne d’infortune ? C’était simple. Moriarty était imprévisible. Moriarty était froid. Moriarty était sans pitiés. Tout comme Balthazar Graves.
En parlant du loup. Ce dernier rentra, présentant un bouquet de Chrysanthème. Il faisait de l’humour maintenant ? Il était nul. L’ignorant totalement pour le punir de son retard, il continua de fixer la vitre, alors qu’il commença à jouer les gladiateurs romains. Combien de temps continuerait-il à rire ? Pas beaucoup. Sans bouger, Sherlock ne répondit même pas à sa pique sur son « discours barbant ». Il n’avait aucune conscience des événements à venir. Au moins, l’hypothèse qu’il soit sous la coupe de Moriarty se réduisait petit à petit. Au bout de deux longues minutes de silence et de tension palpable, il tourna sa tête vers Balthazar, et, sans sourire, déclara d’un ton cassant.

« Des chrysantèmes. Symbolique et charmant à la fois. Tu te surpasses.  C’est pour ça que tu es en retard ? »


Sans se débiner, il le fixa dans les yeux d’un air froid et lui répondit d’un ton glacial rempli de sarcasmes.

« Il y avait un monde fou chez le fleuriste. »


Ne quittant pas ses yeux, il lui adressa un sourire crispé, puis finalement, reporta à nouveau sa tête vers la fenêtre pour dire d’un ton neutre :

« Tu as vu quelque chose qui te semblait suspect en arrivant ? »

Avec une lenteur infinie, il sortit les pépins d’orange. Son allusion à Caesar quelques instants plus tôt l’avait déjà mis sur cette piste. Il répliqua au tac au tac.

« L’absence de la vieille chouette. Le type qui m’a donné ceci. »


Fixant toujours la vitre, Sherlock fronça les sourcils. Puis, d’un ton bien plus cassant que d’habitude, il brisa le silence comme un coup d’épée. Règle numéro une, ne jamais parler de Martha Hudson ainsi.
« J’ai écarté Martha volontairement. »

Pour appuyer ses propos, son regard enflammé se tourna vers Balthazar. Oh, il savait que cela ne l’effrayerait pas. Mais il était averti. Lui montrant ses propres pépins d’un air négligé, le détective demanda au Barbier :

« Que te voulait-il ? »


Remarquant les pépins d’orange sur la table, le barbier répondit pas à la question. Sherlock le détestait autant qu’il aimait Kida.

« Apparemment il te connaît aussi. »


Se mettant un peu plus sur le bord du fauteuil, Graves observa Holmes.

« Il faut que je te frappe pour que tu parles ? »


A ces propos, il releva ses manches. Haussant les sourcils, Sherlock ne bougea pas d’un pouce. La violence, l’arme des faibles et des imbéciles. A croire que Graves était finalement les deux. La déception passa dans les yeux du détective. Peut être qu’il n’était pas à la hauteur, finalement.
Même si son ton était calme, Sherlock savait qu’il en était capable. Qu’il vienne. L’observant et l’analysant d’un regard perçant, le détective remarqua subitement des poils de chat sur le manteau du barbier. Se levant d’un bon, sans prévenir, Sherlock se dirigea vers la table basse et l’ouvrit d’un geste sec. Sortant un vieux revolver, il déplaça son corps long et fin à un rythme endiablé vers la fenêtre. Observant à travers cette dernière la rue, il ne remarqua personne. Grognant, il tourna son fauteuil en face de la porte et l’observa d’un air concentré, comme si il attendait quelque chose :

« Le nom du chat. Est-ce que tu l’as ? »


Balthazar haussa les sourcils.

« Quelle importance ? »


Visiblement, il n’était pas anxieux. Pire, il s’en foutait. Car au lieu de s’agiter, Balthazar ramassa les fleurs tombées par terre et soupira, las.

« Tu as un vase ? »


Tournant brusquement son révolver vers Balthazar, Holmes le fixa dans les yeux et prononça d’un ton rapide et intelligible :

« Le sens du détail. Et celui-ci est capital. Le nom du chat. Si tu ne me le donnes pas, nous sommes mort tous les deux dans quelques minutes. Alors j’hésiterai pas à appuyer. Et puis j’en meurs d’envie. »


Clic.

« Turpin. »
articula-t-il en le fixant d’un œil perçant.

Le forçant à baisser l’arme, il poursuivit :

« Satisfait ? »


Il semblait agacé de lui avoir avoué ce détail. Néanmoins, il lui faisait confiance. Confiance rime avec Bromance. Un éclair de compréhension passa dans les yeux de Sherlock, et les rouages de son cerveau semblèrent s’activer en ébullition. Son teint devint blême, livide et blafard. Tournant la tête vers la porte, un bruit attira son attention. Des pas feutrés se firent entendre de l’autre côté de la porte, et la poignée commença à se tourner.

PAN !

Le coup de feu partit en plein milieu de la porte. Le révolver fumant, Sherlock entendit un grand « boum » de l’autre côté de la porte, et une marre de sang passa sous cette dernière quelques secondes plus tard. Se levant avec précaution, il tendit la main vers le barbier.

« Ne bouge surtout pas... »


Se dirigeant vers la porte, révolver en avant, il l’ouvrit doucement. Un homme, vêtu d’un étrange façon gisait de l’autre côté de la porte dans une véritable marre de sang. Sa tête était appuyé contre la porte et il semblait être tombé en avant. La balle avait frappé la carotide et il s’était vidé de son sang. Reculant de quelques pas, il fixa les alentours, aux aguets.
Soudain, tous les téléphones, les deux ordinateurs et la télé se mirent à grésiller. Une voix résonna comme un écho dans tous les appareils.

« OOOOOOOOOH ! Mon assassin ! Bien joué Sherlock ! C’était pour voir si t’avais rien perdu ! Comment t’as deviné ? »


Soudain, l’image de Moriarty apparut dans la télé, sur les ordinateurs et sur les téléphones. C’était la même transmission. C’était du direct. Il était dans une espèce de pièce sombre, avec sa casquette pourrave. Ses yeux brillaient d’excitations. Cherchant les caméras espions dans l’appartement, il finit par soupirer.

« Evidemment. Déjà, Madame Hudson ne fait jamais le ménage le Mercredi. Elle va à son groupe de soutient pour anciens toxicomanes. C’était malin, car tu as fait le ménage comme elle à la perfection ! Geste pour geste. Mais comme à d’habitude, les détails me donnent toujours une longueur d’avance... »


Moriarty fit une grimace.

« Effectivement… Et pour mon Assassin ? Il m’a coûté une blinde tu le sais ça ? »


Sherlock ricana, toujours révolver dans la main droit devant la télé.

« C’est un Nizârite. Une communauté d’Assassin ancestral et redoutable qui est sensé avoir disparue. Comment je le sais ? Leur communauté a évolué au fil des ans, mais leurs rites, eux, n’ont pas beaucoup changé. La tradition veut qu’ils doivent offrir un Chat Persan au pelage tigré à leurs employeurs. Leur poil est plus fin que celui d’un chat de gouttière, tout comme ceux que Graves a sur son buste. Ce n’était pas très malin de l’avoir fait sorti. C’est une race très instable et très caractérielle. Et pour l’Assassin, c’était facile, j’ai déjà eu affaire à eux. Leur méthode est simple, et c’est souvent la plus efficace… Tuer ou mourir, c’est leur crédo. Je lui ai fait une fleur, il n’a pas souffert. »


Moriarty écoutait Sherlock en mangeant des chips, le regard illuminé par une passion sans limite.

« Oooh ! Cette première épreuve était bien trop facile ! Mais le prénom que j’ai donné au chat, il t’a plu ? »


Sherlock fronça les sourcils.

« Turpin ? C’est peu commun... »

Moriarty se mit à ricaner et son regard se tourna vers Balthazar.

« Tu devrais lire un peu plus de littérature traditionnelle Sherlock ! Je pense que t’as raté un truc essentiel, qui est sous ton nez depuis des lustres. Tu te soucis des détails, mais quand ça te pend au nez, tu ne le vois même pas… Dire que tu as appris que la Terre tournait autour du Soleil que l’année dernière… Ca m’étonne même pas que tu connaisses la véritable identité de ton p’tit copain ! »


Sherlock fixa Balthazar. Il avait ouï dire qu’il s’appelait avant Benjamin. Mais ça ne lui avait rien dit du tout.

« Rassure toi, j’ai mis le livre qu’il te faut sur ta table de chevet… Bon, je vais voir si ton pote John et la drag-queen s’en sortent aussi bien que vous ! La phase deux de notre petit jeu se trouve sur le cadavre. Mais avec un acolyte pareil, tu devrais t’en sortir sans problème... »


Sherlock ouvrit brusquement les yeux et déclara à la fois surpris et affolé :

« John est ici ? »


Moriarty se pencha en arrière sur son fauteuil.

« Bien sûr qu’il est ici Sherlock. Je l’ai ramené spécialement pour l’occasion. Et il est… En pleine forme ! »


La télévision se coupa, ainsi que tous les appareils vidéos de la pièce, laissant les deux compères dans une atmosphère pesante et un calme froid.





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“ Mais qu'a-t-il de plus... Que moi... ”

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________________________________________ Lun 18 Juin 2018 - 23:40


Bloody Lady in a Bloody City



« On va où ? »

Sa tête se tourna en direction du presque-infirme qu'elle tenait toujours par le bras, remarquant sans mal qu'il était à deux doigts de faire un malaise. Pourtant, ça ne l'empêchait pas de se montrer râleur.

« Loin de Sherlock. C'est ce que vous vouliez, non ? »

Elle l'avait traîné jusqu'à un petit quartier résidentiel. L'adresse lui avait été transmise le matin même. Un homme était décédé chez lui et, avant que la famille ne puisse se recueillir à côté du corps sans vie de ce cher et tendre cadavre, ses services avaient été réclamés. Elle aurait pu s'assurer que l'endroit était conforme pour la réalisation des soins par téléphone, mais elle préférait toujours se déplacer en personne pour vérifier l'état des lieux. Et de la personne. C'était une habitude.

« Oui. Sa vie en dépend. »

Mary se retint de lever au ciel, trouvant cette simple réplique bien trop dramatique. Elle ne dit pas un mot de plus jusqu'à arriver au pas de la porte, saluant sans grande compassion les proches éplorés qui s'étaient réunis dans le salon. On lui indiqua la chambre sans l'y accompagner et elle présenta John comme son assistant, sans que personne n'ose poser plus de questions. A quoi bon ?

Elle fut surprise par le manque d'odeur dans la pièce, dans un premier temps, supposant que quelqu'un avait dû aérer la pièce avant qu'elle ne s'y rende. Sa taille était correcte, les sols et les murs semblaient pouvoir se désinfecter sans grande difficulté. Elle abandonna Watson dans un coin, retirant son manteau qu'elle laissa sur le meuble où se trouvait une télévision. Elle y capta son reflet sans y prêter intérêt, enfilant les gants sortis de son sac.

« Arrêt cardiaque... Banal. »

Il le déduisait d'un coup d'oeil ? Elle n'accorda pas d'attention à sa constatation. La cause lui importait pas.

« Vous faites ça depuis longtemps ? »

Le malaise certain qu'elle ressentait dans sa voix lui arracha un sourire franc. Il devait être habitué à ce genre de spectacle si il était véritablement un médecin, comme tout le laissait penser, mais ça ne signifiait pas pour autant qu'il appréciait autant qu'elle l'atmosphère de la chambre.

« Un moment. Ça vous dérange ? »

Elle fit claquer le latex contre son poignet, une moue faussement embêtée sur le visage.

« Les morts sont de bonne compagnie. »

Son premier réflexe fut de poser ses doigts contre la nuque de l'individu. Il n'était pas très vieux, pour un arrêt cardiaque. Elle attrapa ensuite son poignet d'un geste méthodique, restant plusieurs secondes à attendre.

« Vous ne voudriez pas plutôt vous occuper des vivants d'abord ? »

« Non. Je l'ai fais, à une époque, mais ils se plaignent tout le temps. »

Le ton était méprisant, accompagné d'une grimace. Du coin de l'oeil, elle remarqua tenter d'accrocher son bras d'une certaine façon, la douleur ne devant pas être supportable. Si il réclamait son aide indirectement, il pouvait toujours essayer. Ou le demander plus gentiment.

« Croyez-moi, c'est mieux pour tout le monde que je m'occupe des cadavres. »

Elle réprima un nouveau sourire, se disant qu'elle aurait pu abréger sa douleur de la plus radicale des façons. Mais son air gauche et son étourdissement la distrayaient, à dire vrai. Il sembla prêt à s'asseoir sur une chaise, avant de se rétracter.

« Vous pouvez vous asseoir là, si vous voulez. Ça ne va pas le gêner. »

Relâchant le bras de l'homme, elle indiqua d'un geste vague de la main l'espace disponible à côté. Un matelas était toujours plus confortable que de simples morceaux de bois. Il finit par s'y placer, retirant sa chemise. Ce geste la fit le dévisager alors qu'elle haussait un sourcil, penchant quelque peu la tête en l'observant. Oh. Il cherchait toujours à soulager son bras, certainement.

« Ça fait longtemps que vous faites ça ? »

Sa langue claqua contre son palet tandis qu'elle s'emparait d'une boîte dans son sac, l'ouvrant pour y dévoiler une aiguille relativement épaisse. Longue, surtout.

« Qu'est-ce que je disais... votre tête a dû bien taper le sol, vous avez déjà posé la question. »

Elle la laissa sur la table de chevet avant de tourner légèrement la tête du mort, dégageant ses cheveux de ses tempes. Aucune méthode n'était à négliger pour s'assurer de son état cadavérique.

« A mon tour maintenant. En quoi la vie de Sherlock serait en danger si vous veniez à le croiser ? »

Après tout, autant essayer d'en apprendre le plus possible sur cette histoire. Il se massa la tête, probablement embarrassé par sa propre confusion. Il n'y avait pas de quoi pourtant, il était en état de choc, c'était naturel. L'aiguille dans ses mains, elle l'examina un temps, posant sa main sur l'épaule du corps inanimé.

« Désolé je suis pertur... »

Il n'eut pas l'occasion de terminer sa phrase. Au lieu de ça, il avait bondit hors du lit, fixant l'homme qui y était toujours allongé comme s'il venait de voir... un cadavre revenir à la vie. Mary ne bougea pas d'un millimètre lorsque la main de l'homme attrapa la sienne, inspirant de grandes bouffées d'air soudainement. C'était exactement pour cette raison qu'elle préférait toujours vérifier qu'un mort était bien mort.

« M... Mo... »

Elle serra les dents, retenant un soupir.

« Mo... mo... Mort ? »

Cette fois, elle ne se gêna pas pour lever les yeux au ciel, reposant l'aiguille à côté d'elle.

« Vous ne l'êtes pas. Malheureusement. Je me suis déplacée pour rien. »

Son air exprimait toute sa déception. Elle détestait entamer un travail sans suite. Ce n'était pas la perte de temps, en soi, mais plutôt la désillusion qui la dérangeait. Sans grande délicatesse, elle dégagea sa main de la poigne de l'homme qui n'était pas si décédé qu'il le laissait croire, et ce malgré la rigidité ou l'air pâle qu'il avait affiché. Ça avait quelque chose d'intriguant, en soi, elle aurait pu être curieuse de ce qui lui était arrivé en d'autres circonstances.

« C'est un patient pour vous, docteur. »

Elle cracha presque cette face, tournant la tête vers Watson qui sursauta avant de faire le tour du lit, sans pour autant s'approcher trop près.

« Calmez vous... »

Bravo. Grande tentative de rassurer un individu en panique. L'homme tremblait, se levant de son lit. Il fixait un point devant lui, ayant l'air presque à l'agonie. Drôle d'ironie.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Mary s'applique à ranger la boîte dans son sac, retirant ses gants qu'elle laissa traîner sur le meuble. Croisant les bras, elle se retourna vers son client qui n'en était plus un. Le pauvre aurait presque pu lui faire de la peine, à avoir l'air si effrayé en la fuyant du regard. Il ouvrit la fenêtre d'un geste mécanique et elle ne tenta même pas de l'en empêcher. La suite promettait d'être intéressante.

« Moriarty ! »

Sa jambe s'était relevée, le reste de son corps suivant, et l'ombre d'un sourire était passé sur les lèvres de la jeune femme, alors qu'elle se rapprochait du bord de l'ouverture.

« Imbécile. » lâcha-t-elle néanmoins. « Si jamais il s'est raté, je propose de l'achever. »

Un tel idiot ne représenterait pas une grande perte pour le monde. Sa tête se pencha pour observer le corps un peu plus bas. La chute n'avait pas été haute, il aurait pu y survivre. Il avait sauté sans y réfléchir à l'évidence. Est-ce qu'il comptait vraiment se suicider ou simplement fuir ? Vu la faible hauteur du premier étage, elle penchait pour la deuxième option. Il n'avait juste pas anticipé le choc contre sa tête.

Watson s'était rapproché, restant un peu en retrait. Une marre de sang entourait le crâne du mort qui en était à présent définitivement un. Finalement, elle aurait peut-être du travail. Les proches avaient dû entendre l'agitation, certains se mettant à crier en se précipitant au dehors. Un spectacle des plus morbides. Comme pris de panique, John alla fermer à clé la porte de la chambre. Pourquoi ? Ils étaient venus pour s'occuper d'un cadavre et repartiraient en ne laissant... qu'un cadavre. Ils n'avaient rien fait. Ils n'avaient pas à se cacher.

Deux sonneries simultanées se firent entendre. Elle n'en aurait pas été surprise, si l'une ne venait pas directement de son sac. Tout comme le son s'éleva de la télé, laissant apparaître la tête de celui qu'elle avait croisé, un peu plus tôt. Le même qui l'avait laissé avec ce médecin complètement perdu.

« Heeeey Johnnyyyy t'es plutôt bien accompagné ! »

Le clin d'oeil qu'il lui lança avait quelque chose de presque espiègle, elle l'aurait parié. Elle n'afficha qu'un rictus en réponse, s'interrogeant sur sa manière de faire pour pouvoir apparaître ainsi dans les écrans.

« Pas très malin de mettre vos empreintes sales et grossières sur le cadavre... enfin le faux cadavre ! La police devrait pas tarder et... et... ça sera trop tard pour sauver Sherlock et Balthazar... C'est dommage... »

La mention des autorités la laissa impassible. Elle n'avait pas touché le corps directement. Juste les meubles. Elle n'avait attaqué ni tué personne et avait été réclamé ici dans un but bien précis. Personne ne l'accuserait de quoi que ce soit.

« Sauf si vous répondez à ma question correctement ! »

La mention du barbier l'intrigua cependant. Dans quelle sorte d'embrouille s'était-il fait embarquer, celui-là ? Il était un aimant à problèmes. Elle le ressentait constamment quand il se trouvait dans les parages et, d'une certain façon, elle en était grisée.

« Balthazar est un grand garçon. » soupira-t-elle finalement. « Il saura se sauver tout seul. »

Qu'il soit en danger ne l'atteignait pas. Ça la dérangeait, légèrement, surtout de s'imaginer qu'il ne pourrait plus lui tenir compagnie. Sa présence avait toujours quelque chose de relaxant. Elle sentit sa nuque se contracter, décidant d'ignorer cette gêne.

« Le votre par contre... Vous devriez répondre à la question. »

Elle s'était tournée vers John, armée d'une expression compatissante si exagérée qu'il devait être aisé de deviner qu'elle n'était pas réelle. Sherlock Holmes était un fou à lier incapable de quoi que ce soit. Il n'aurait pas passer autant de temps à pourrir dans un hôpital, autrement.

« Mary Mary Mary... Pourquoi je t'ai choisi... Tu es tellement... ennuyante... »

Elle ne répondit à cela que par un sourire, allant récupérer son sac d'un geste nonchalant. Son calme contrastait avec l'agitation qui commençait à envahir Watson. Un véritable fardeau, celui-là.

« Pourquoi s'est-il suicidé les enfants ? Elle est facile... »

Le bruit des sirènes commençait à se faire entendre, encore trop éloigné pour être inquiétant. John lui tournant le dos, elle prit le parti d'en profiter encore un peu, se rapprochant de lui pour murmurer à hauteur de son oreille :

« Alors John, pourquoi ? »

Un rire amusé aux tonalités lugubres lui échappa tandis qu'elle secouait la tête, haussant les épaules.

« Il était déjà condamné. On l'est tous. »

Se retournant, prête à sortir de cette pièce où elle n'avait plus rien à faire, elle se retrouva de nouveau face à son apparence, déformée dans le miroir de l'armoire. Elle y était tellement habituée qu'elle n'y avait pas penser.

« Ou alors je lui ai fais peur. »

Sa main passa dans ses cheveux, les faisant passer sur son épaule.

« Je fais souvent cet effet là. »

« Bonne réponse ! La vilaine Mary fait peur à tout le monde ! »

Trop facile, dans ce cas. Décevant, presque. Qu'elle se montre ne suffisait généralement pas à causer la mort, elle avait besoin d'agir pour ça. C'était beaucoup plus plaisant. Etre responsable d'un suicide dont elle ne retirait aucune satisfaction... ça ne l'intéressait pas.

« He bien Johnny Boy ! On est rouillé ! »

Watson fixait lui aussi le reflet du miroir, sans sembler en être surpris ou impressionné. Si il était dérangé, il n'était peut-être pas si idiot, au moins.

« Dans quel but ? Pourquoi ? »

Il observait la télé, comme si l'homme leur parlant à travers allait lui apporter les réponses. Elle retirait ce qu'elle avait pensé : il lui manquait des neurones.

« Pour s'amuser, John. Pour s'amuser ! »

Elle rêvait où il était en train d'enfiler cette sorte de chapeau immonde que portait les policiers du coin ? La parure complétée par les lunettes noires lui donnait l'air... stupide.

« Allez, passer par la porte de derrière, une voiture vous attends ! Et Mary crois-moi, reste avec lui, tu vas t'éclater ! Et je t'offre un dîner. Aux chandelles... »

Sa main se crispa contre son sac alors que l'écran devenait noir. Qu'il sache qui elle était n'avait rien étonnant, mais qu'il fasse une telle invitation l'agaçait. Qu'est-ce qu'il comptait faire ? La forcer à venir chez lui en l'appelant comme tous les autres ? Il la prenait pour un pion ? Dire qu'elle avait presque pensé qu'il était plus intéressant que celui qui l'accompagnait. Tous les mêmes. Le son de la sirène s'était rapproché, pour se stopper brusquement. Des bruits de pas dans le gravier. Elle se pinça les lèvres, visiblement énervée. Sa main libre attrapa le bras valide de Watson, le tirant vers la porte qu'elle déverrouilla.

« C'est vous qui avez appelé pour un mort qui était pas mort mais qui au final est... »

Elle n'entendit pas la suite, guidant John dans le couloir, mais reconnaissait la voix de l'autre taré qui n'avait rien de mieux à faire de ses journées que de prévoir des jeux de rôles dérangés.

« Je déteste jouer. » siffla-t-elle entre ses dents.

Elle traîna Watson à sa suite dans les escaliers en prenant garde à ce qu'aucun membre de la famille ne leur coupe la route. Elle détestait surtout perdre. Et elle ne savait rien de cet homme qui la prenait pour un de ses pantins, ce qui n'était pas le cas de Watson. Il avait intérêt à tout lui dire, pendant le laps de temps qu'ils passeraient tous les deux.
black pumpkin

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❝ won't you bleed for me ? ❞
You won't hear the footsteps but I'll be following. You won't feel the shadows but they'll be closing in. You won't see me coming but I'll rip you at the seams. You won't touch the silence but you can hear the screams.

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Balthazar Graves


«Muerte, la mort!
Né l'oubliez yamais!
Pitis voyous!»


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________________________________________ Hier à 20:39


Secrets and Lies
You got a cold, cold heart. Do you feel at all?
You build a house of cards. But it's gonna fall.

Balthazar était resté immobile, en parfait spectateur de toute la scène. Il aurait pu congratuler Holmes pour avoir tiré à bout portant à travers une porte fermée, mais il avait préféré rester silencieux. De toutes façons, il n'aurait pas eu le temps de le raisonner. Fort heureusement pour le détective, de l'autre côté se tenait le cadavre d'un prétendu tueur à gages au style vestimentaire discutable. Le barbier se demanda comment un type avec un tel accoutrement avait pu passer inaperçu en ville.

L'instant qui suivit le meurtre fut animé par l'apparition de l'homme qu'il avait vu dans la rue, quelques minutes auparavant, mais à la télévision, cette fois-ci. Balthazar le reconnut sans surprise. Il se souvenait encore du prénom qu'il avait donné au chat et qui ne laissait aucune place au doute. L'ennemi de Holmes était un malade trop bien renseigné à son sujet. Par conséquent, il devenait également son adversaire dans ce jeu insipide dont lui seul connaissait les rouages. Malgré tout, Balthazar restait pondéré par rapport à toute l'affaire -et contrairement à Holmes qui ne faisait que s'agiter- car il était certain de parvenir à en changer le dénouement par un coup de rasoir bien placé.

L'évocation d'un certain "John" ébranla davantage le détective. Le barbier commençait à suffisamment le connaître -à son grand agacement- pour le savoir.

Constatant que Holmes se penchait déjà sur le cadavre encore chaud, sans doute dans le but de trouver le fameux indice laissé par leur ennemi, Balthazar en profita pour s'éclipser dans le couloir de l'appartement. Il cherchait la chambre afin de s'emparer du livre laissé par leur adversaire. Hors de question de laisser Holmes en détention de telles informations sur sa personne. Il ouvrit plusieurs portes et tomba finalement sur une sorte de laboratoire rarement ventilé -comme le reste de l'appartement. La pièce était très vaste. Un immense plan de travail carrelé prenait la majorité de la place, mais un rideau se souleva dans un coin de la salle, lui faisant remarquer les contours d'un lit. Très étrange chambre. Indéniablement aussi étrange que son propriétaire.

Ne s'attardant pas plus longtemps sur le choix de la décoration, Balthazar s'élança, souleva le rideau et s'empara du livre intitulé Sweeney Todd. La vision de ces deux mots écarlates sur fond noir lui arracha un frisson curieusement délicieux. Imperturbable en apparence, il s'empressa de le ranger dans une des larges poches de son manteau.

Se retournant, il remarqua Holmes dans l'embrasure de la porte. Il s'approcha de quelques pas. Inutile d'inventer quoi que ce soit. Il aurait fallu être idiot pour ne pas comprendre ce qu'il faisait dans cette pièce, et le détective ne l'était pas à ce point. D'ailleurs, il l'observait avec une expression qu'il ne parvint pas à déchiffrer, ce qui mit ses nerfs à rude épreuve. Enfin, il déclara d'un ton détaché :

"Pas très malin. Tu pensais que j'avais pas en mémoire l'intégralité des choses de cette pièce ? Y compris les titres des livres posés sur ma table de chevet ? De toute façon, ça n'a pas d'importance à mes yeux. Prends-le si tu le veux."

Cette phrase laissa le barbier dérouté. Il dévisagea son acolyte, contrarié qu'il ait lu le titre du roman et indécis que cela lui soit égal. Que devait-il en conclure ? Après quelques secondes, il retrouva l'usage de la parole, et demanda d'une voix d'outre-tombe :

"Ca... Ca t'est égal ?"

Holmes leva les sourcils un bref moment puis lança d'un ton moqueur :

"Si tu voulais partager ma vie tu aurais dû dire oui à la Basilique Saint Marc. Et pas t'enfuir."

Balthazar se renfrogna davantage. L'évocation de ce souvenir n'était absolument pas nécessaire. Il avait cherché à occulter son voyage à Venise par tous les moyens, sans véritablement y parvenir malgré tous ses efforts.

Reprenant son sérieux, le détective lui jeta les clés qu'il avait en main.

"Oui ça m'est égal."

Les doigts du barbier caressèrent pensivement les clés qu'il avait saisies en plein vol. Il jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule, apercevant trois mallettes rangées au-dessus du lit. Elle portait chacun un nom différent. La première s'intitulait Moriarty, la seconde Aloysius Black. Quant à la dernière, elle était baptisée Balthazar Graves.

"Tu conduis. Je n'ai pas le permis." précisa Holmes tout naturellement.

"Pourquoi je suis au-dessus de ton lit ?" s'enquit-il sans détour.

La question était équivoque mais pertinente. Il lui semblait que bien des choses lui étaient cachées. Pourquoi son nom trônait à côté de celui d'un psychiatre et de quelqu'un qui ne lui disait rien ?

"Tu préfèrerais être dedans ?"
répliqua Holmes en haussant de nouveau un sourcil. "Question stupide. Parce que je t'aime bien. C'est la cachette de mes amants."

Il roula des yeux et sortit de la chambre.

"Tu te bouges ?"

Balthazar ne remua pas d'un millimètre. Il planta son regard acéré dans le sien, l'analysant, réfléchissant. Il n'appréciait pas ces familiarités, encore moins cette manière de se moquer ouvertement de lui. Holmes avait des secrets le concernant et il allait les lui extorquer de force. Pour le moment, il fallait commencer par comprendre les bases.

"Pourquoi te sens-tu obligé de faire bêtement tout ce que te dit ce maniaque ?"
demanda-t-il avec une once de sarcasme.

Un petit rictus condescendant passa sur son visage blafard alors qu'il ajoutait :

"Le génie de Sherlock Holmes... foutaise."

Le détective ne trouva rien de mieux que de l'ignorer. Il quitta la pièce et le barbier entendit bientôt des bruits de pas précipités dans l'escalier, ainsi que les mots prononcés d'une voix suffisamment forte :

"Et la connerie de Balthazar Graves..."

Suivis d'un juron lorsque la porte du bas fut ouverte. Que se passait-il, encore ? Plus exaspéré qu'anxieux, Balthazar prit tout son temps pour rejoindre Holmes au-dehors. Il le retrouva assis sur le siège passage d'une voiturette de golf garée sur le trottoir juste devant le 221 B Baker Street. Les mots "Moriarty Mobile" étaient tagués à la bombe sur le véhicule. Le détective tapotait ses genoux, impatient.

Le barbier cligna des yeux devant cette vision improbable, hésitant à faire demi tour ou à tout simplement s'en aller. La plaisanterie avait suffisamment duré. Il soupira, secoua la tête et déclara, catégorique :

"Je ne conduirai pas ça."

Singeant son acolyte, il lui lança les clés et ajouta avec ironie :

"Pas besoin de permis."

Holmes les saisit au vol (décidément, la motricité du Sherlazar est incomparable).

"Très bien. Si un idiot comme toi sait conduire alors ça ne doit pas être bien compliqué."

Il s'installa à la place du conducteur et se mit en quête de quelque chose. Balthazar l'observa, croisant les bras, comprenant enfin qu'il cherchait où enfoncer la clé. Par moments, cet homme lui inspirait des pulsions meurtrières très difficiles à réfréner. Ce ne serait que pure charité de débarrasser le monde de cet incapable. Il laissa échapper un peu d'air entre ses dents, se contrôlant de son mieux, et finalement lui prit la clé des mains pour l'insérer dans l'orifice adéquat.

"Je plains Kida."
marmonna-t-il en levant les yeux au ciel.

Il n'avait pu s'en empêcher. Après tout, si Holmes le grand génie peinait à comprendre où placer une simple clé, il s'interrogeait sur ses aptitudes dans un domaine presque similaire. Des images cauchemardesques dans son esprit furent heureusement chassées par le bruit du moteur et l'écran au milieu qui s'alluma. Un message pré-enregistré du dénommé Moriarty retentit en même temps que son visage d'allumé apparut sur l'écran :

"Bienvenue dans la Moriarty Mobile !"

Balthazar remarqua que les mains de Holmes s'étaient crispées autour du volant. En raison de sa pique ou de sa nervosité due à la conduite ? Quoi qu'il en soit, il enfonça la pédale de l'accélérateur et se mit à zigzaguer dans la rue, évitant de peu une voiture. Heureusement, il y avait peu de circulation à cette heure-là.

Balthazar resta de marbre, observant le grand échalas faire des zigzags dans sa voiturette. Il avait au moins l'aptitude de conduire -très mal- en faisant des doigts d'honneur. Le barbier soupira de plus belle. Cette fois, il en avait assez.

Il décida d'emprunter la rue dans le sens opposé de la voiturette -qui n'avait fait que cent mètres. Il ne sourcilla ni ne se retourna en entendant une vieille dame hurler après qu'un bruit de collision se soit fait entendre, suivi d'un autre, plus métallique. Sans doute que Holmes avait renversé quelqu'un. Guère étonnant.

Au bout de quelques secondes, son téléphone vibra dans sa poche. Encore une fois, ce n'était pas surprenant. Le monde était décidément bien décevant, mais Balthazar y était habitué. Il s'en saisit, remarqua sans surprise que l'émetteur était un numéro masqué, et décrocha sans prononcer la moindre parole. Il se doutait que son interlocuteur avait des tas de choses à lui dire.

"Tu devrais y aller, Benjamin."
prononça la voix de Moriarty.

Il frémit légèrement en entendant ce prénom. C'était comme exhumer un cadavre pourri depuis longtemps.

"L'homme à qui vous vous adressez est mort."
cracha-t-il avant de raccrocher.

Il continua sa route d'un pas agité, restant sourd à Holmes et à son véhicule de malheur. Il n'y retournerait pas. Ce n'était pas son problème. Il ne subirait plus les caprices d'un fou. Grand Sourire lui avait suffi. Le détective n'avait qu'à jouer si ça l'amusait. Lui passait son tour.

Bientôt, il entendit la voiturette se rapprocher à toute allure -autant que le permettait le moteur du véhicule- et ralentir une fois à sa hauteur.

"Monte."

Du coin de l'oeil, Balthazar remarqua que Holmes avait le teint blême et son téléphone en main. Avait-il reçu une mauvaise nouvelle ? Il n'eut plus aucun doute en sentant son propre portable vibrer de nouveau. Sans aucun engouement, le barbier lut le texto qui s'afficha en ces termes :

Tu devrais suivre son conseil mon pote !

Et une menace maquillée sous une marque de familiarité ! Autrement dit tout ce qu'il exécrait. Leur ennemi avait beau le connaître, il le connaissait très mal.

Imperturbable, il continua de marcher sans adresser un regard à son acolyte dont la voiturette avançait toujours à son niveau.

"Je ne serai plus un pantin."
assura-t-il fermement.

Grand Sourire ne t'a pas suffi ? Tu veux être une marionnette toute ta vie ? Libre à toi. Nos chemins se séparent ici.

Il n'avait pas envie de gaspiller sa salive à formuler des évidences. Après tout, Holmes se vantait d'être supérieurement intelligent. Il n'avait qu'à en venir à cette conclusion tout seul.

Brusquement, le détective lui coupa la route en faisant grimper son véhicule sur le trottoir pour le faire se stopper. Balthazar lui lança un regard assassin, très vite voilé par l'agacement lorsqu'il lui montra son téléphone. Il s'agissait de la photo d'une fillette d'environ six ans. Elle était pendue. Sur son front était écrit au feutre : "Merci Balthy !"

Les poings du barbier se serrèrent devant cette vision. Un enfant. Un innocent.

"Lâche."
grogna-t-il, la mâchoire contractée.

Au lieu de l'affronter comme un homme, il se cachait derrière des crimes ignobles. Le sang du barbier pulsait contre ses temps, le rendant presque sourd. Moriarty attendait une réaction. Peut-être les observait-il depuis une caméra quelconque ? Il espérait sûrement que cela suffirait à le convaincre de jouer le jeu. Mais Balthazar n'était pas un pion.

"C'est pas à moi de régler ça." articula-t-il en braquant un regard dédaigneux sur Holmes. "Je ne suis pas flic."

Il ne se sentait pas responsable de la mort de cette gamine. On ne peut être coupable d'un meurtre causé par quelqu'un d'autre. Il en avait déjà suffisamment sur la conscience, suffisamment de fantômes qui le jugeaient la nuit. Jamais il n'avait tué d'enfant et ce n'était pas ce malade qui allait lui faire croire le contraire.

"Il viendra quand il en aura assez d'être ignoré."
lança-t-il, presque désinvolte à Holmes tout en reprenant sa marche. "S'il en a le cran."

Se mesurer à un psychopathe de talent n'est pas donné à tout le monde, après tout. Moriarty faisait forcément de fausses notes. C'était Balthazar qui allait donner le tempo, à présent.

"Rentre dans son jeu. Donne-lui ce qu'il veut."
fit-il d'un ton acide toujours sans regarder le détective. "C'est le meilleur moyen de ne pas gagner."

Comment Holmes aurait-il pu le savoir ? Malgré ses aptitudes à donner la mort par porte interposée, il n'était qu'un éternel débutant, au fond.
acidbrain

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