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Angelika B. Beresford


« Tu aimes les cacahuètes?
On aime tous les cacahuètes! »


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________________________________________ Lun 3 Déc 2018 - 19:23


Baby mine, little angel in the sky
The ones that you love never really leave you

En cette journée de mi-novembe, le temps était maussade et l’air frais qui transperçait les vêtements était annonciateur d’un hiver froid et rigoureux. Cependant, ni les nuages gris qui s’amoncelaient dans le ciel, ni la brise bien peut engageante ne pouvait freiner ma détermination. Mes visites au cimetière étaient un rituel auquel je me pliais deux ou trois par semaine quels que soient mes autres engagements. La petite tombe qui m’attendait fidèlement se remarquait à peine, dissimulée derrière d’autres plus imposantes et plus riches qu’elle. La seule chose qui la différenciait véritablement était la petite tête de souris gravée au sommet de la pierre de granit. Quant à son épitaphe, elle était aussi courte que la vie du petit être qui aurait dû l’occuper. « A mon fils bien-aimé, passant sa vie auprès des anges ».

La tombe était très propre et régulièrement nettoyée, même si très peu de personnes en ville étaient au courant de son existence ! A vrai dire, seul Hayden et moi nous nous y rendions régulièrement. Il était le seul véritable soutien sur lequel je pouvais compter pour partager mes regrets concernant mon bébé. Pourtant, ils n’avaient tous les deux aucun lien de parenté… ce n’était après tout pas lui le père de mon enfant ! Avait-il seulement remarqué cette tombe parmi les centaines qu’il avait croisées durant ces longues balades en ces lieux ? Certainement pas ! Il était bien trop occupé avec sa peste de rouquine pour prêter la moindre attention aux besoins de la souris. Je regrettais amèrement cette situation… c’est sans doute si qui me poussait à prendre grand soin du nom qui y était inscrit « Anthony B. Barker ». Qui sais après tout, il finirait par la remarquer et y déposer une petite attention, comme les bougies pour sa fille sur le banc du clown ! Mais j'étais stupide. Au fond, je savais que je ne faisais que me bercer d’illusions.

Pour le moment, Anthony avait au moins sa Maman pour penser à lui. Certaines fois, j’emportais avec moi un petit bouquet de fleurs fraichement cueilli par Katelyn pour son grand frère. D’autres fois, c’étaient des objets plus personnels, comme ce doudou souris gâté par les intempéries que j'emportais parfois avec moi pour le nettoyer. Ce fut notamment le cas ce jour-là ! Après l’avoir déposé sur le socle, je m’étais assise à côté d’elle sur un petit coussin que je gardais dans mon sac. C’était une sorte de petit rituel pour moi. A chaque fois, j’emportais un livre pour enfant où lisais un poème que j’avais écrit spécialement pour lui ! La veille l’inspiration m’était soudainement venue et c’est le cœur plein d’émoi que je récitais ce poème à haute-voix. Peut-être qu’il m’entendrait et s’en sentirait quelques peu soulagé.

Mon petit Ange d’Amour,
Tu as grandi en moi,
Mais je n’ai jamais pu te prendre dans mes bras.
Nos regards se sont croisés,
Je n’ai même pas pu entendre ton cri de nouveau-né.
Mais le lien est là, réel et éternel.
Ce lien qui unit une mère à son enfant,
Dès le premier jour, et même avant.
Tu resteras toujours suspendu au-dessus de moi, mon ange,
Mon étoile, celle qui brille au creux de moi.
Peu de temps mais tant d’amour,
Pour toi mon petit prince pour toujours.
Tu as grandi suffisamment pour atteindre mon cœur,
Et faire mon bonheur.
Maintenant, quoiqu’en en ai décidé la vie, Nous serons toujours unis.
Ta maman qui ne t’oubliera jamais et qui continue de croire en toi et de vivre pour toi.

Observant alors un silence religieux, je demeurais assise et caressait d’une main attendrie la petite pierre tombale glacée. Après une dizaine de minutes supplémentaires, je finis par me relever tout en silence. La tristesse brouillait légèrement mon regard et des larmes perlaient alors à mes yeux. Troublée, je ne me sentais pas l’envie de me perdre parmi la foule d’inconnus qui arpentaient les rues de la ville. Après un dernier adieu à Anthony, je me relevais et alla m’asseoir sur un banc en bordure non loin de là. Toujours aussi passionnée de lecture, je sortis de mon sac un ouvrage de circonstances appelé « Communication avec l’au-delà ». Mon intérêt pour le monde de l’occulte ne datait pas de hier ! Mon esprit rationnel me rappelait sans cesse l’idiotie de ces propos. Pourtant une petite voix soufflait que monde existait bien et que j’avais parfaitement le droit d’y croire ! Je n'étais pas désespérée au point de ne vivre que pour cela... bien au contraire ! C'était le sujet qui m'intérpelait avant tout. Cependant, l’arrivée inopinée d’une jeune femme dans le cimetière m’interrompit dans mes projets. Son visage ne m'était d'ailleurs pas inconnu. J'avais l'impression de l'avoir déjà croisée dans les couloirs de l'hôpital au temps de la malédiction. Même si notre hôpital était assez petit, je n'avais jamais eu l'occasion de parler avec elle. En revanche, je croyais déjà connaître son nom. Croisant son regard, je lui souris alors aimablement et prononçait une petite salutation du bout des lèvres.

« B… bonjour ! Vous êtes Mary Bates... c'est bien cela ? »


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"Hello darkness, my old friend I've come to talk with you again
Because a vision softly creeping left its seeds while I was sleeping
It was planted in my brain still remains within the sound of silence"

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________________________________________ Mar 4 Déc 2018 - 21:12


I was dead when I woke up this morning
I'll be dead before the day is done.


Depuis longtemps maintenant, Mary ne célébrait plus rien. Elle ne voyait pas d'intérêt à fêter le moindre événement, trouvant cette pratique stupide et méprisable. Le dernier Halloween auquel elle avait tenté de prendre part ne faisait que la conforter dans cette pensée. Cela avait été un véritable fiasco, et même une horrible torture. Il lui avait fallut plusieurs jours pour ne plus se retourner brusquement au moindre bruit en rentrant chez elle le soir, craignant de voir James surgir d'un coin de rue pour venir la tourmenter avec entrain. Il avait prit un plaisir fou à conter, encore et encore, les atrocités qu'il avait pu commettre, récits dont elle se serait volontiers passer, sans qu'elle ne se soit pour autant rabaissée à le supplier d'arrêter. Elle avait été assez forte pour y survivre, ça avait été un jeu d'enfant de les encaisser l'espace d'une nuit. Du moins, elle cherchait à s'en convaincre.

Si elle devait être honnête avec elle-même, ces quelques heures accompagnées seulement par les défunts l'avait chamboulé. Elle avait finit par apprendre qu'il ne s'agissait pas d'entités véritables, mais de produits que son esprit brisé avait reconstruit mêlé au sortilège de ce Clan étrange. Ce n'était pas plus rassurant à ses yeux. Mary s'était imaginée les avoir tous enfouis assez profondément pour ne plus en être perturbée, pourtant c'était donc elle-même qui s'était infligée la douleur de les revoir. Se complaisait-elle donc véritablement dans cet état de souffrance comme le pensait Ormebrun ? Non. Elle avait cherché à s'en écarter, s'y habituant tout au plus pour ne pas en être davantage blessée. Et elle ne donnait de toute façon aucun poids au discours de ce Professeur d'Art. Il ne connaissait rien de sa vie et il lui disait de l'accepter. L'imbécile.

« Tu l'aurai adoré cet homme, Lizzie. Charismatique, beau-parleur et manipulateur, c'est comme ça que tu les préfères, non ? » marmonna-t-elle, sarcastique, tout en expirant la fumée de sa cigarette.

Il était encore très tôt. Les rayons du soleil matinal ne parvenaient pas à se frayer un chemin à travers les nuages. Il faisait froid, aussi. Un mois de novembre qui annonçait un hiver futur relativement glacial. Peut-être autant qu'elle ? Elle n'était cependant pas dérangée par la basse température, emmitouflée dans un manteau de saison sombre, sa main libre se perdant dans l'une des poches.

Elle exécrait tout en ce lieu. L'air pesant empli d'une peine qui lui donnait la nausée tant c'en était ridicule, et le poids qui l'étouffait dès qu'elle y mettait les pieds. Mary appréciait la compagnie des morts pendant qu'elle les rendait présentables, pas lorsqu'ils étaient déjà six pieds sous terre. Elle ne venait pas rendre visite à ses clients une fois qu'elle avait terminé de les apprêter. Elle n'assistait même jamais à la mise en place de leur corps dans leur cercueils. Cela faisait remonter trop de traumatismes.

Pourtant, elle était là, assise sur une pierre tombale face à une grossière croix de bois sur laquelle son propre nom était presque effacé par les années. Elle en distinguait pourtant encore les lettres gravées à la va-vite. La plupart des autres tombes étaient somptueuses, décorées de gerbes de fleurs, de couronnes grandioses, de couleurs vives. Des gestes d'affections auxquels elle n'avait pas le droit. Elle eut un rictus, désabusé et dégoûté.

« Joyeux Anniversaire, Elizabeth. » soupira la jeune femme en se redressant, tandis qu'elle écrasait son mégot sur une pierre tombale.

Elle était venue pour la première fois après la levée de la malédiction, sans trop vraiment savoir pour quelle sombre raison. Voir que la croix médiocre qui avait marquée son lieu de repos éternel avait été amenée ici l'avait plongé dans une rage folle, au début, puis dans une tristesse profonde, avant de la laisser indifférente, comme tout le reste. Elle ne faisait l'effort de se rendre visite qu'en ce jour ''spécial''. Un an de plus, qu'est-ce que ça voulait dire maintenant ? Rien du tout. Mais elle le faisait. Peut-être... simplement pour se dire qu'elle pouvait au moins compter sur elle-même, à défaut d'avoir qui que ce soit d'autre.

Ses pas l'éloignèrent de cet endroit qui commençait à serrer son cœur d'une façon trop dérangeante. Evidemment, sa propre croix était bien éloigné du reste du cimetière, presque dissimulée, puisqu'elle ne comptait pas, et elle devait le traverser tout entier pour en retrouver la sortie. Un frisson la parcourut tandis qu'elle jetait un coup d'oeil au loin, sachant exactement où se trouvait les plus petites tombes, les moins imposantes, celles des enfants. Est-ce que... Non. Elle était détachée de tout ça. Elle accéléra l'allure jusqu'à l'entrée du cimetière, se sentant étouffée. Elle eut presque un sursaut à la salutation pourtant discrète de cette femme blonde dont elle croisa le regard si brièvement.

Mary était décidée à l'ignorer. Elle se demandait encore parfois pourquoi certains étaient si enclins à entamer la moindre conversation sans prétexte vraiment valable. Sans répondre tout d'abord, elle laissa ses yeux la dévisager sans la moindre gêne. Cette personne connaissait son nom et, si elle ne doutait pas de sa popularité (pas forcément pour de bonnes raisons), elle estimait connaître l'identité d'une bonne partie des habitants elle aussi, à force d'observer. Propre sur elle, un sourire cordial sur les lèvres, un bouquin sur les genoux. Venir faire sa lecture dans un lieu pareil était morbide, de son point de vue, et rien que le fait de venir ici était une preuve de médiocrité en vérité. Elle serra discrètement les dents à cette réflexion. Après tout, elle aussi était là.

« Docteur Beresford. » prononça-t-elle finalement tandis que sa bouche s'arquait en un demi-sourire poli.

Pédiatre, si sa mémoire ne la trompait pas. Et... plus ou moins liée à Sherlock Holmes. Cet idiot de première division qui finirait par se jeter d'un toit un jour, elle en était intimement persuadée. Cela prouvait toute l'empathie ou l'amabilité de la personne qui venait d'entamer timidement une amorce de conversation. Sa stupidité aussi. Ou au moins une sorte de manque d'estime pour sa propre personne, en quelques sortes, pour perdre son temps avec un énergumène pareil dont l'ego prenait toute la place.

« C'est bien moi. » poursuivit la jeune femme tout en se rapprochant de quelques pas, jusqu'à venir tendre doucement sa main dans sa direction. « Je ne m'attendais pas à vous croiser ici. »

Mensonge. Elle ne trouvait en rien que c'était surprenant, au contraire, c'était presque trop prévisible. Madame Parfaite à la chevelure blonde ne pouvait avoir une vie irréprochable et dénuée de drames. Au premier abord, elle paraissait lisse, sans intérêt, tellement sage et détestable. Mais elle l'avait déjà remarqué, cette petite lueur brisée si familière au fond de ses yeux. Et il y avait quelque chose dans l'air autour d'elle. Quelque chose de lourd, de pesant, d'obscur. De la matière à fouiller. Exactement ce qu'il lui fallait alors qu'elle avait l'impression de perdre elle-même pied avec sa propre identité.

Sans attendre d'invitation particulière, et malgré que le lieu ne fasse pas partie de ces favoris en terme de terrain de jeu, elle prit place sur le banc juste à côté de la docteur. Qui était-elle venue voir ? Un mari dont elle était la veuve éplorée ? Elle devait tellement se laisser berner par la gente masculine. Elle l'avait déjà croisé dans la rue, en compagnie d'un homme qu'elle aurait définit comme insignifiant et... trop parfait, lui aussi. Les apparences sont tellement souvent trompeuses et tout le monde se fait avoir. Les plus faibles, en tout cas. Non. Ce n'était pas un mari. Un parent qui lui manquait affreusement ? Un ami précieux ?

« Intéressante, votre lecture. » fit remarquer Mary avec une pointe d'amusement amical. « Je peux ? »

Ce n'était qu'une façade. Elle n'avait besoin de l'autorisation de personne. Délicatement, ses doigts se portèrent à l'ouvrage qu'elle n'éprouva aucune difficulté à extirper des mains de son interlocutrice. Elle retint parfaitement son rictus sarcastique à la lecture du titre des plus mystiques, et surtout des plus idiots.

« Vous croyez en ces choses-là ? » lança-t-elle distraitement, tout en ouvrant avec douceur le livre dont elle fit défiler les premières pages. « Pourtant certains diront qu'il est préférable que les morts restent à leur place. »

Elle se tendit imperceptiblement à ses propres mots, le souvenir de James et d'Annabelle étant encore trop vif pour qu'elle l'aborde sans que cela ne génère la moindre réaction de sa part.

« Je ne juge pas. On a tous nos petits secrets. » enchaîna-t-elle, imperturbable, tout en tournant légèrement sa tête en direction de la jeune femme. « Mais j'admets être assez curieuse. Un médecin qui s'intéresse à l'au-delà, c'est assez rare. La plupart ont conservé leur esprit rationnel, même dans cette ville où rien n'a de logique. »

C'était même affligeant de remarquer à quel point certains d'entre eux restaient fermés malgré tout ce qui pouvait se dérouler à Storybrooke. Les vieilles habitudes étaient dures à perdre, elle était bien placée pour le savoir, et il était parfois jugé moins désagréable de conserver des oeillères pour ne pas faire face à la réalité. Mais c'était idiot. De son point de vue.

« Vous devez avoir vos raisons. Pardonnez mon indiscrétion déplacée. »

Avec une gêne feinte, Mary referma l'ouvrage pour le tendre de nouveau au Docteur, tout en se redressant lentement.

« Je vous dérange certainement, en plus de cela, vous n'aviez peut-être pas envie que je m'immisce de la sorte... Vous étiez simplement polie. Je vais vous laisser votre tranquillité. » continua-t-elle, la bouche pincée et le regard presque fuyant.

Là était toute la subtilité. Montrer de l'intérêt, faire croire qu'on se sent de trop, pour que finalement l'âme d'une gentillesse débordante face à vous ressente le besoin de vous faire vous sentir à l'aise en vous invitant à rester. Il ne fallait pas qu'elle s'impose brusquement, pas avec quelqu'un d'aussi fragile qui se braquerait à la moindre remarque trop déplacée, comme une pauvre petite souris effrayée.
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christmas is coming
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________________________________________ Mar 11 Déc 2018 - 19:53


Have we met before ?
The ones that you love never really leave you

Pour quelle raison lui avais-je adressé la parole au juste ? Je l’ignorais. Sans doute étais-je trop polie pour ignorer une personne que j’avais autrefois côtoyée. Ou peut-être avais-je simplement besoin de me changer les idées et d’ignorer ma douleur quelques instants. Les retrouvailles avec mon fils, ou tout du moins ce qu’il en restait, me bouleversant toujours jusqu’au plus profond de mon âme. Seulement, je n’avais guère prêté attention à mes yeux rougis par les larmes et j’hésitais à plus d’une reprise à baisser mon regard afin qu’elle ne puisse pas même les deviner. Elles sonnaient si faux avec le sourire aimable que j’affichais à présent. Une faille dans le masque est toujours une fausse note assez dérangeante, aussi bien pour mes interlocuteurs que pour moi !

S’approchant de moi, elle me tendit une main que je saisis dans un réflexe bienséant. En mon fort intérieur, j’étais heureuse de constater que mon appel avait su trouver une réponse. Après tout, peut-être aurait-elle préféré être seule en ces circonstances ? Entamant la conversation, elle se prétendit étonnée de me croiser en ces lieux. A ces mots, je haussais simplement les épaules.

- Hélas, n’avons-nous pas tous perdus un jour un être aimé ?


Le ton de ma voix était à la fois détaché de ma propre situation et empathique. Après tout, Mary Bates ne se trouvait pas ici par hasard. Elle connaissait certainement un des pensionnaires de ce cimetière.

- Toutefois, je reconnais qu’il aurait été plus agréable de vous revoir en d’autres circonstances ! Que devenez-vous à présent ?


Je ne l’avais plus revue depuis quelques temps et j’avoue que je m’étais questionnée sur son absence. Oh certes ce n’était qu’une pensée fugace, après tout bon nombre de personnes avaient changé de vie après la malédiction pour un choix de vie correspondant plus à leur nature ! Mais pourquoi ne pas y donner un sens à présent ? D’autant plus que cela nous permettrait une petite pause bienvenue au morbide de cette situation.

Me décalant ensuite pour la laisser prendre place à mes côtés, je l’observais attendant qu’elle rompe le silence. Très vite, elle semblait intéressée par mes lectures du jour. Un léger sourire naquit alors au coin de mes lèvres. Le sujet me passionnant, cela me faisait plaisir de savoir que je n’étais alors pas la seule dans ce cas. Sans vraiment réfléchir, je lui tendis le livre avec un sourire sincère.

- L’ésotérisme est une matière qui m’a toujours fascinée ! Vous vous y intéressez également ?


Bien sûr, je n’étais pas prête à évoquer l’immense secret concernant mon fils ! Après tout, Balthazar lui-même n’en avait eu connaissance que quelques mois auparavant. De quel droit irais-je raconter ma vie à une inconnue ? Je devais rester méfiante même si un certain charisme se dégageant d’elle me poussait à vouloir lui faire confiance.

- Je dos bien reconnaître qu’il est dangereux de jouer avec des forces inconnues. Je ne suis pas le genre de femme à jouer avec le feu… la planche de Ouija, les tables tournantes, les rituels morbides d’incantations auxquels peuvent se prêter certains adolescents… très peu pour moi ! Mon approche de la mort est beaucoup plus théorique !

Revenant irrémédiablement vers notre domaine professionnel, Mary évoqua la fermeture d’esprit de la plupart de nos condisciples. Je laissais alors échapper un léger rire de mes lèvres, approuvant d’un signe de tête ses paroles. Oh bien sûr, il y avait des exceptions. La malédiction dont Hayden avait été victime prouvait mes croyances ! Il lui aurait été difficile de renier ses convictions liées au monde des esprits ! En revanche, certains autres comme Edgar ne s’en préoccupaient guère. Mon compagnon du moment se moquait même parfois de livres oubliés sur ma table du salon. Digne héritier de Saint-Thomas, il se contentait de répéter que tant qu’il ne le verrait pas de ses propres yeux, il se refuserait à y croire. Je poussais alors un léger soupir qui me sorti de mes pensées.

- J’ai toujours considéré l’ouverture d’esprit comme une grande force ! Vivre sans œillère c’est se donner la chance de découvrir le monde tel qu’il est et non tel que l’on souhaiterait le voir. Ces croyances apportent également un grand réconfort aux parents en deuil que je rencontre dans mon travail ! Tant que cela ne tire pas à l’obsession, je ne vois pas le mal que cela peut faire !

Ces quelques mots m’avaient échappé sans que je n’y réfléchisse réellement. N’était-ce pas en réalité de ma propre expérience malheureuse de mère dont j’étais en train de témoigné ? Je croyais fermement aux vérités véhiculées par la spiritualité et le monde surnaturel. Pour quelle raison ? Sans doute parce qu’il était plus facile pour moi d’imaginer Anthony évolué dans un paradis céleste, baignant dans un amour et une tendresse infinie où il pouvait bénéficier de la belle vie que je n’aurais su lui offrir ! C’était bien plus rassurant que de faire à l’autre réalité de la mort : celle du néant !

Subitement, mon invitée se releva du banc où elle avait pris ses aises. S’excusant d’avoir pris l’initiative de me rejoindre, elle s’apprêtait à repartir.

- Je vous en prie, vous n’avez pas à vous excuser ! Je dois rejoindre mon compagnon dans une vingtaine de minutes ! Restez donc avec moi, l’attente sera beaucoup plus agréable avec vous à mes côtés !

J’espérais ainsi la rassurer et le retenir quelques instants. Après tout, il est vrai que je n’avais d’autres obligations aujourd’hui ! Autant profiter d’une rencontre fortuite pour me faire connaissance avec cette demoiselle que je m’étais contentée de croiser jusqu’ici.

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